23 décembre 2009

écouter le son en image

Avec l’exposition « Vidéodrones», le Musée national Marc Chagall à Nice nous fait entrer dans l'univers artistique et personnel de Céleste Boursier-Mougenot du Samedi 7 novembre 2009 au Lundi 8 février 2010. Présentés exclusivement dans les lieux d'art contemporain, les travaux de l’artiste niçois sont à considérer avant tout comme ceux d'un musicien. Mélomane dans l’âme il présente ici une activité de composition dans le champ d’une installation sonore en réalisant une expérience vidéo et acoustique sur la circulation d’une centaine de poissons dans un bassin. Une idée originale que l’artiste a du imposer : « Il faut jouer des coudes pour faire exister de tels projets. Le Musée Chagall n’a pas de budget spécial alloué à l’art contemporain ».

Dans le souci d’offrir au public une perception accomplie de l’œuvre, l’artiste a élaboré un dispositif audio et vidéo pour écouter le son en image. Des caméras et des capteurs ont été installées dans un bassin à l’extérieur du bâtiment où gravitent  poissons rouges et chinois. A chaque passage devant la caméra, la circulation subaquatique de ces derniers crée des sonorités qu’il qualifie  de «  formes sonores vivantes » et  qui donnent vie à l’œuvre en matérialisant le bruit et le mouvement. Les images filmées se transforment en son et sont projetées en direct sur cinq écrans blancs à l’intérieur de l’espace d’exposition. Les variations lumineuses des images influent directement sur l’intensité et la fréquence du bourdonnement que le visiteur entend quand il est face à elles. Plus le poisson se rapproche des capteurs et plus le bruit se fait fort.

 L’enjeu majeur de l’installation? Donner une véritable expérience sensorielle aux spectateurs venus en affluence. Mais pas seulement. On retrouve dans cette exposition une des question majeure de tout artiste contemporain : l’intégration dans l’œuvre du spectateur grâce à son ombre qui se répercute sur les différents écrans. Et ça fonctionne. Le spectateur se prend au jeu lors des premières minutes de contemplation. Le bourdonnement incessant qui se dégage des capteurs de mouvement, la luminosité faiblarde, les images projetées, engendrent un sentiment d’oppression chez l’observateur qui a l’impression de se retrouver lui même à l’intérieur d’un bocal, tel un poisson pris au piège effectuant sans cesse des rotations.  « On a l’impression que ce sont les poissons qui nous observent, on se sent petit, c’est le monde à l’envers ! » s'émerveille une spectatrice. Les enfants présents ont du mal à  décrocher le regard, une moue emprunte d’hébétude sur le visage : « on se croirait au musée marin ! » s’exclame un bambin. Mais passé l’effet de surprise, plusieurs personnes commencent à se plaindre du bruit incessant : « cette œuvre c’est la Disharmonie pour moi. On n’est pas capable d’oublier nerveusement le bruit pour profiter de la beauté » fait remarquer une visiteuse, un bruit fatiguant et trop peu aléatoire comme il aurait  dû être à  cause d’une mauvaise maîtrise du fonctionnement de  la luminosité. Le spectateur ne se sent pas réellement débordé par ce qu’il voit : il aurait du avoir la sensation d’être dans l’eau.

Plus qu’une expérience sensorielle surprenante à la technique parfaite, « vidéodrones » invite à une réflexion sur les comportements humains. 

Posté par Romy83 à 22:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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