L'imaginarium de Romy

06 janvier 2010

Les affaires s’enchainent au tribunal correctionnel

La défense et le parquet s’affrontent sur un rythme effréné

Il est à peine 8h30 au tribunal correctionnel de Nice, pourtant  le président M. Verron, ses deux assesseurs, la greffière et les avocats de la défense sont déjà sur le pied de guerre. A voir la pile de dossiers que l’huissier transmet au président du tribunal on comprend mieux pourquoi… Une longue journée d’audience s’annonce avec entre autres au programme, des affaires de carte bancaire volée et de falsification de procès verbal. L’ambiance est pesante, les policiers armés sont là pour vérifier que rien ne vienne perturber le travail de l’infernale machine judiciaire. Un silence religieux règne dans le public. Le prévenu, Jean S. accusé d’avoir volé une carte bancaire à un de ses amis, s’avance à la barre tout contrit, sous le regard  du président qui lui rappelle son passé judiciaire et les faits qui lui sont reprochés aujourd’hui. Le président affiche d’emblée la marche à suivre, la situation doit être claire, le jugement rapide : `« monsieur expliquez nous ce qui s’est passé ? ». «  Je faisais des travaux de plomberie pour le plaignant qui était mon ami. J’ai attendu qu’il rembourse mes dépenses ce qu’il n’a pas fait. J’étais en colère, je me suis emportée et j’ai volé sa carte bleue ». Les questions s’enchainent, le président relève les propos contradictoires du prévenu: « vous n’avez jamais mentionné ce non paiement pour les travaux que vous avez effectué chez le plaignant dans le rapport de police ». Déstabilisé par le président, il commence à s’embrouiller tandis que les regrets pleuvent.  Acquiésement du président, qui balaye les déclarations du prévenu d’un simple « mouais ». Les traditionnelles vérifications d’état civil défilent « Etes vous salarié ? Avez-vous des enfants ? Que faites vous dans la vie ? ».

Un interrogatoire implacable

Rien n’est laissé au hasard, l’interrogatoire doit être le plus clair possible pour que le  président puisse éclairer ses motivations en fonction de ce que vit Jean S. Le procureur se lève alors pour entamer sa plaidoirie : les faits sont avérés pour lui, « le prévenu ne comptait pas rembourser le plaignant ». Les autres justiciables présents dans la salle, se tournent les uns vers les autres, échangent des regards inquiets, ce seront eux les prochains à se faire alpaguer par ce procureur à charge jugé « sans pitié »par une personne du public. L’arrivée de son avocate est vécue comme un soulagement pour le prévenu. A défaut de le blanchir, cette dernière plaide les circonstances atténuantes. Son client a des difficultés à s’exprimer : « c’est l’impulsion qui l’a poussé à agir, il s’est limité à retirer 350 euros au total, ce qui correspond aux frais dépensés pour les services qu’il a rendu au plaignant ». Pas le temps de souffler, le prévenu Jean S est invité à s’assoir, le délibéré attendra, on passe aux  affaires suivantes. Les dossiers s’enchainent à toute vitesse sur le rythme effréné de la comparution immédiate, la machine judiciaire est bien huilée. Une personne du public s’allonge même sur un banc pour entamer une sieste. C’est sans compter sur la présence des policiers qui surveillent activement la salle. Claque sur la cuisse, le « perturbateur » est jeté dehors sans ménagement.  L’arrivée de M. Léger à la barre entouré de policiers vient chambouler ce rythme de croisière. Absent au cours de son premier procès, jugé par défaut, et sous mandat d’arrêt criminel, il purge une peine de 2 ans de prison. Visage dur, regard mauvais, l’homme est à l’aise, c’est devenu un habitué des salles d’audiences. Tenace,  il vient refaire une demande de liberté déjà rejetée la semaine dernière : « l’autre fois l’avocat a rien fait du tout, connards ! » s’énerve t-il. La salle endormie se réveille, même les deux assesseurs imperturbables depuis le début des audiences se laissent aller à sourire. La délibération du tribunal est sans appel, la demande de liberté de M.Léger est refusée. Se tournant vers le public, Léger lance, « pourquoi il a refusé ça sert à rien ! Vieux corbeau ! » lance t-il au président sous les rires des avocats et du procureur.

 Quand le procureur dérange

 L’atmosphère s’est détendue « c’est toujours la faute des avocats » plaisante le représentant du ministère public. Mais il ne faut pas perdre la cadence. Costume, blouson en cuir, tête haute, quatre prévenus s’avancent à la barre. Effet de nombre, ou d’accoutrement, le public a l’impression de se retrouver devant des mafieux Mais à défaut d’avoir la Camorra en face de lui, le président n’a affaire qu’à trois membres de la police municipale jugés pour falsification de timbre amende dans le but de dispenser un retrait de point sur le permis de conduire à un chauffeur de taxi accusé d’usage de faux. Gestuelle, accentuation sur certains mots, questions rhétoriques le procureur pense à tout : « il n’y a pas d’arrangement possible mais une égalité devant la loi.» Il va jusqu’à sortir les chiffres de la répression mis en avant par le chauffeur de taxi qui a sollicité l’aide policière pour ne pas avoir de point en moins sur son permis sous risque de le perdre. « Je ne qualifierai pas ses personnes de mauvaises personnes car ils ne le sont pas », lance le procureur. La salle est interpellée, ses propos semblent contradictoires. Les réquisitions tombent : 1500 d’amendes pour les trois membres de la police et une suppression du permis de conduire du chauffeur de taxi. Pour montrer leur désaccord, les avocats de la défense usent de stratagèmes plutôt drôles : ils toussent pour taire les réquisitions. Pleines de connivence leurs plaidoiries se rejoignent  et même toutes en avant les sentiments humains : « peur », « bonté », « humanité »c’est ce qui a motivé les actes de leurs clients parfois regrettables .Une partie de ping-pong commence entre défense et parquet.

Plaidoirie :à chacun sa méthode

 Maitre Borghini, avocat de monsieur D. se lance dans une plaidoirie efficace et pleine d’humour rendant tout ouie la salle. Il rappelle que l’enquête du parquet n’a pas révélé qu’il y avait corruption dans cette affaire. Chef sapeur pompier, fiches de notations élogieuses, son client est un homme bon. Maitre Bothi de monsieur M. Avocate félicite son collègue au passage pour son excellente démonstration, « on ne vit pas au pays de oui oui, des intentions il y en a toujours eu »dédramatise t-elle. Pic au procureur, elle fait le parallèle avec une affaire où une proche d’un membre du tribunal aurait été agressé dans un bus et pour qui on aurait fermé les lignes : « je doute que si ça avait été moi par exemple, les dispositions auraient été les mêmes, quand on a le pouvoir, il y a plusieurs vitesses. » Le procureur et le président semblent amusés. A chacun sa technique, tous les moyens sont bons pour convaincre. Maitre Blumenkrenz avocat de Monsieur H. part dans une tirade pleine de métaphore en citant du Cicéron et du latin et prend à parti les étudiants présents dans la salle : « il leur faut la vérité, monsieur le juge ». On se croirait presque au théâtre. Le procureur jusque là serein se fâche avec l’avocat du chauffeur en possession de la pièce originale de la contravention, alors que celle-ci ne lui aurait pas été remise durant l’enquête du parquet. Une tonne de dossier traine encore sur les bureaux, la journée promet d’être longue dans cette ambiance surchauffée.

Romy Luhern


03 janvier 2010

Contradiction de l’homme du XXIème siècle

Avis aux amateurs et amatrices du Docteur House, vous serez servis en rencontrant Alexandre. Ce jeune homme de vingt-trois ans lui même « cynique » et « arrogant » aurait semble t-il trouver son alter ego en la personne de ce docteur de sitcom à succès irrévérencieux au plus haut point dont il ne cesse de chanter les louanges. A le voir, tout de noir vêtu, boucle d’oreille et regard sombre, on a l’impression d’avoir affaire à l’archétype même du rockeur écorché vif d’un énième groupe de musique underground. Imprévisible et fantasque, il est hors de question pour lui de faire dans la dentelle en gardant ses opinions sur autrui qu’elles soient bonnes ou mauvaises. La diplomatie ou la bienséance il ne connaît pas: « j’ai conscience d’être un emmerdeur doublé d’un misanthrope au sale caractère, mais contrairement à beaucoup de personnes j’ai des capacités. Je passe mon temps à me dire que les gens sont des cons bien souvent incapables ». Constamment tenté par la solitude, il est préférable de l’approcher de loin, comme pour mieux l’apprivoiser : « plus jeune j’étais encore moins sociable, en vieillissant ça s’améliore, mais je n’aime pas avoir trop de gens autour de moi. Même avec mes amis, il ya toujours un moment où j’ai besoin de m’isoler ». Elitiste, caustique il est persuadé d'assister à la fin d'un monde réfléchi et intelligent, jusqu’à penser qu’en cas de conflit entre tous les débiles du monde et les surdoués il tiendrait le rôle de  médiateur.  Même s’il se définit comme un véritable « aimant à emmerdes », bien loin de lui l’idée de se complaire dans son malheur à l’instar de beaucoup d’autres. 

 

« Un paradoxe vivant »

 

Pourtant le témoignage de son amie Charlotte, vient contrebalancer en partie ses propres dires : « Alex est un peu solitaire certes, mais c’est le joyeux luron de la bande, même si il est souvent égayé par l’alcool ».  Et  à regarder son parcours professionnel de plus près on voit que ce dernier reste pour le moins atypique. Aujourd’hui agent immobilier, celui qui petit  rêvait de devenir policier pour « défendre la veuve et l’orphelin » a tantôt été serveur, barman, commercial, animateur dans un village de tourisme, des métiers où le contact avec les gens est primordial. Paradoxalement à son aversion pour le genre humain, le contact avec le particulier lui plait et l’amuse. Bien que blasé et réaliste, il n’en demeure pas moins utopiste, prônant la primauté des relations amicales et sentimentales sur l’appât du gain à tout prix, même  s’il est vrai que  « l’argent permet de mieux vivre ».

Mis face à ses propres contradictions, Alexandre reconnaît volontiers qu’il est « un paradoxe vivant », souvent un peu paumé. Au final, c’est plutôt d'un point de vue politique et spirituel que social, que tout éloigne Alexandre d'une époque dont il ne parvient pas à supporter la corruption morale et l'effondrement intellectuel.

 

La vie comme « mascarade »

 

Passionné de sport extrême, il essaye de pratiquer l’escalade dès qu’il peut, pour se « vider la tête » et sortir de la monotonie du quotidien. Le cinéma représente une véritable échappatoire pour ce cinéphile aguerri. L’espace de quelques heures, il n’est pas obligé de se confronter à la vie qui n’est souvent que « mascarade » à son sens. Surtout si l’on regarde du côté de la politique : «  je les déteste tous, de droite comme de gauche, surtout le nimbo tyrannique et la dinde pimbêche qui aime faire du one man show ».  Nationalisme, patriotisme autant de mots qui ne sont que foutaises. Né en Italie, il ne se sent pas plus français qu’italien : « si on a besoin de s’identifier à un pays c’est par peur de se retrouver tout seul ». Autrefois catholique fervent et aujourd’hui athée, cet  ancien enfant de cœur italien, a remis la plupart de ses idéologies en cause en arrivant en France à douze ans. Un véritable déclic: «  je me suis dit avec toutes les conneries qui m’arrivent si Dieu existe c’est un bel enfoiré avec moi ».

 

 

Un misanthrope par intermittence

 

A force d’expériences et d’observations de vie, qui viennent pour la plupart de son enfance, Alexandre a perdu ses illusions et est en quelque sorte devenu misanthrope. Fils unique, il n’a jamais connu son père, et a toujours vécu avec sa mère. L’absence du père a été comblée en partie par son grand-père maternel. Les non-dits sont nombreux au sein de cette famille « unie » dont la communication n’est pas la principale vertu. Bien qu’affichant un air désinvolte, Alexandre s’est construit une carapace. Revêche il ne fait confiance à personne et surtout pas à la gente féminine. Célibataire endurci, il préfère papillonner au grès de ses besoins. Alors, pas question de lui parler de mariage, il n’y croit tout simplement pas, et n’y voit « qu’un moyen d’entuber le fisc ».  Quant à son futur, il le voit assurément sans enfants: « les relations hommes/femmes étant trop éphémères de nos jours, ce qui a de plus responsable envers un gamin c’est justement de ne pas en faire ».

Le diagnostic pour ce jeune homme complexe souffrant de divers symptômes  de personnalité semble difficile à diagnostiquer. Misanthrope, il l’est en quelque sorte par intermittence.

 Une sorte de mélange incongru de cynisme et d’humanisme contenu dans le corps d’un seul homme.

 

Romy Luhern

27 décembre 2009

Polémique en Allemagne autour des « boites à bébés »

La naissance d’un enfant est en général un joyeux événement mais pas toujours. Infanticide, abandon, nouveau-nés retrouvés morts, sont autant de maux qui frappent nos sociétés. Pour lutter contre ces fléaux, les autorités allemandes ont mis en place à travers le pays des boîtes à bébés, ou « babyklappe » où les nouveau-nés peuvent être abandonnés en tout anonymat et en sécurité. En cette semaine de noel, la polémique n’a jamais été aussi vive entre les adversaires du système et ses défenseurs.

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(Quatre-vingt babyklappe sont présents en Allemagne dont quatre à Munich )D.R

 

Pour éviter les meurtres de nouveaux-nés et permettre aux mères d'abandonner leurs nourrissons à des fins d'adoption, des hôpitaux allemands et des organisations religieuses ou d'intérêt général ont créées des boites à bébés ou « babyklappe ». Pourvue d'une caméra miniature et d'une alarme, le « babyklappe » est une sorte de boîte aux lettres prévue pour déposer son nouveau-né d'une manière anonyme. Les femmes qui ne se sentent pas capables de garder leurs enfants ou qui se trouvent dans des situations graves et difficiles déposent leurs bébés (souvent juste quelques heures après l'accouchement) dans une petite fenêtre à ouverture mécanique.. Un lit chauffé placé derrière le clapet récupère le bébé, dont l'arrivée active immédiatement l’alarme qui avertit le personnel de l’association. Pendant ce temps, la mère peut partir sans être vue et sans donner son identité. Son bébé est tout de suite pris en main tandis que les naissances sont signalées à l'état civil et aux administrations responsables des adoptions.Après un examen médical à l'hôpital, il sera accueilli dans une famille volontaire. Le projet donne huit semaines à la mère pour venir récupérer son enfant si elle le souhaite voire jusqu'à un an pour faire valoir ses droits. Pour éviter toute contestation, les em¬preintes ADN des mères sont systématiquement recueillies sur les bébés déposés. Mais au final, à peine une mère sur dix revient sur sa décision.

Les « boites à bébés » ne font pas l'hunanimité

Aujourd'hui, 80 « babyklappe » existent en Allemangne, dont la plupart sont tenus par l'Eglise. De quoi lutter contre l'infanticide, mais aussi contre les abandons sauvages, car le système a fait ses preuves : 143 bébés ont été récupérés jusqu'en 2007. Une forte opposition est cependant en train de monter en Allemagne, notamment dans les rangs des experts en matière d’adoption, d’universitaires des sciences sociales et psychologiques, mais aussi d’organisations de personnes ayant été adoptées.
Le 30 novembre 2009, Un comité de 26 scientifiques allemands chargés de conseiller les responsables politiques sur les questions éthiques a ainsi ravivé la controverse en recommandant de supprimer les boites à bébés qui existent à travers le pays et l'accouchement sous X. D’après eux, ces mesures « sont éthiquement et juridiquement problématiques parce qu'elles portent atteinte au droit de l'enfant de connaître ses origines et [d'établir] une relation avec ses parents ». Le grand problème en Allemagne réside dans le fait que si une femme accouche sous X et dépose son bébé au « babyklappe », aucune organisation n'enregistre le nom des parents. Cela signifie que les informations sur les origines de l’enfant sont perdues pour toujours et qu’il ne pourra jamais retrouver ses parents, un droit pourtant inscrit en toutes lettres dans la Loi fondamentale allemande. 
Selon le comité, la meilleure alternative au « babyklappe »serait de renforcer l'information sur les possibilités d'aide légale pour les femmes enceintes ou les mères en détresse.

Les babyklappe entre problème éthique et juridique

Pour les détracteurs du système, les boites à bébés exercent un dangereux effet : une sorte de régression en matière d’adoption. La possibilité de déposer anonymement l'enfant à l'hôpital risque en effet d'être adoptée comme une solution de rechange à l'abandon pur et simple.Les premières expériences faites en Allemagne montrent ainsi qu’en dépit de l’existence des « babyklappe », le nombre d’abandons sauvages n’a pas diminué.Les experts assurent également que les mères utilisant les boites à bébé ne sont pas de celles qui tuent leur bébé car le nombre de nouveau-nés retrouvés morts n'aurait lui aussi pas régressé d'un iota depuis l'introduction du système.Ce à quoi rétorquent ses défenseurs en mettant en avant le fait que tous les moyens sont bons pour sauver des vies humaines, même s’il ne s’agit que d’une seule vie au finale. Et au final n'est-il pas plus important de sauver la vie d'un enfant même si ce dernier ne connaît pas ses parents ? Le parti des Verts, un avocats les plus actifs des « babyklappe », a donc lancer en 2007 à Berlin une campagne d'information sur le thème « plutôt que de jeter les bébés à la poubelle » face à la recrudescence des cas d'infanticide officiellement constatée ces dernières années.

Problème : les « babyklappe » bien que tolérés dans la pratique sont en principe illégaux : aucun texte légal les autorisent expressément. L'abandon d'enfant est certes puni par la loi allemande, mais seulement s'il y a absence d'assistance. Cette volonté de supprimer les babyklappe a entrainé simultanément dans son sillage un autre débat autour de l’accouchement sous X prohibé en Allemagne. De nombreux hôpitaux pratiquent la naissance sous X et se justifient alors par la nécessité de porter assistance à personne en danger. Inquiets Exercer dans l’illégalité, nombre de médecins inquiets appellent maintenant à légiférer. Ce à quoi semble s’être engagé, le nouveau gouvernement de centre-droit en indiquant vouloir se saisir du débat. L'accouchement « discret », et non pas « sous X »seraient alors légalisé. Cette solution permettrait à la mère d'être prise en charge en milieu médicalisé. Ses données personnelles seraient conservées, voir restituées à l'enfant au bout d'un temps et d'une procédure déterminés.
Mais au-delà des problèmes juridiques et éthiques, le vrai problème se situe du côté des mères. Plus qu’un besoin juridique, ou d’une assistance médicale, la mère a besoin d’un soutien psychologique et d’un accompagnement. Les associations ne savent pas vraiment à quel type de mère et de femme, elles ont affaire. L’anonymat du geste ne permet pas de se faire une idée précise de leurs motivations d’abandonner leur enfant. Les « babyklappe » ne résolvent certes pas le problème dans son ensemble, mais apportent une partie de la solution en ne laissant pas des nouveaux-nés sans aucune possibilité d’avenir.

Romy Luhern

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23 décembre 2009

écouter le son en image

Avec l’exposition « Vidéodrones», le Musée national Marc Chagall à Nice nous fait entrer dans l'univers artistique et personnel de Céleste Boursier-Mougenot du Samedi 7 novembre 2009 au Lundi 8 février 2010. Présentés exclusivement dans les lieux d'art contemporain, les travaux de l’artiste niçois sont à considérer avant tout comme ceux d'un musicien. Mélomane dans l’âme il présente ici une activité de composition dans le champ d’une installation sonore en réalisant une expérience vidéo et acoustique sur la circulation d’une centaine de poissons dans un bassin. Une idée originale que l’artiste a du imposer : « Il faut jouer des coudes pour faire exister de tels projets. Le Musée Chagall n’a pas de budget spécial alloué à l’art contemporain ».

Dans le souci d’offrir au public une perception accomplie de l’œuvre, l’artiste a élaboré un dispositif audio et vidéo pour écouter le son en image. Des caméras et des capteurs ont été installées dans un bassin à l’extérieur du bâtiment où gravitent  poissons rouges et chinois. A chaque passage devant la caméra, la circulation subaquatique de ces derniers crée des sonorités qu’il qualifie  de «  formes sonores vivantes » et  qui donnent vie à l’œuvre en matérialisant le bruit et le mouvement. Les images filmées se transforment en son et sont projetées en direct sur cinq écrans blancs à l’intérieur de l’espace d’exposition. Les variations lumineuses des images influent directement sur l’intensité et la fréquence du bourdonnement que le visiteur entend quand il est face à elles. Plus le poisson se rapproche des capteurs et plus le bruit se fait fort.

 L’enjeu majeur de l’installation? Donner une véritable expérience sensorielle aux spectateurs venus en affluence. Mais pas seulement. On retrouve dans cette exposition une des question majeure de tout artiste contemporain : l’intégration dans l’œuvre du spectateur grâce à son ombre qui se répercute sur les différents écrans. Et ça fonctionne. Le spectateur se prend au jeu lors des premières minutes de contemplation. Le bourdonnement incessant qui se dégage des capteurs de mouvement, la luminosité faiblarde, les images projetées, engendrent un sentiment d’oppression chez l’observateur qui a l’impression de se retrouver lui même à l’intérieur d’un bocal, tel un poisson pris au piège effectuant sans cesse des rotations.  « On a l’impression que ce sont les poissons qui nous observent, on se sent petit, c’est le monde à l’envers ! » s'émerveille une spectatrice. Les enfants présents ont du mal à  décrocher le regard, une moue emprunte d’hébétude sur le visage : « on se croirait au musée marin ! » s’exclame un bambin. Mais passé l’effet de surprise, plusieurs personnes commencent à se plaindre du bruit incessant : « cette œuvre c’est la Disharmonie pour moi. On n’est pas capable d’oublier nerveusement le bruit pour profiter de la beauté » fait remarquer une visiteuse, un bruit fatiguant et trop peu aléatoire comme il aurait  dû être à  cause d’une mauvaise maîtrise du fonctionnement de  la luminosité. Le spectateur ne se sent pas réellement débordé par ce qu’il voit : il aurait du avoir la sensation d’être dans l’eau.

Plus qu’une expérience sensorielle surprenante à la technique parfaite, « vidéodrones » invite à une réflexion sur les comportements humains. 

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19 décembre 2009

critique du film Veillées d'armes de Ophuls

Veillées d'armes : histoire du journalisme en temps de guerre

 

En Janvier 1993, Marcel Ophuls décide de se rendre à Sarajevo. La ville assiégée par l'armée serbe est alors en pleine guerre opposant musulmans serbo-croates, croates catholiques et Serbes orthodoxes. Bombardements violents, meurtres sanglants, blessés par milliers, le chaos règne dans la capitale de la Bosnie-Herzégovine. Une bonne raison de donner la parole à ceux qui sont aux premières loges des conflits à savoir, les reporters de guerre. A travers deux voyages Marcel Ophuls enquête à Sarajevo sur le métier particulier et passionnant de ces journalistes qui participent par leurs écrits ou leurs images à la mémoire de l'histoire en s'interrogeant avec eux sur le traitement de l'actualité par les medias et sur l'éthique de la profession. Chaque jour des reporters, des photographes et des cameramen, de toutes les nationalités se côtoient pour couvrir ce conflit et commenter l’actualité en direct. Certains sont moins impliqués que d’autres : on trouve ainsi le présentateur vedette de TF1 Patrick Poivre d’Arvor qui reste 48h sur place pour « montrer qu’il était présent », alors que certains comme John Burns du NY Times sont sur place depuis des mois.

Reporter une profession particulière

De la motivation, du dévouement et de la passion sont nécessaires quand on s’expose aux risques. Martine Laroche Joubert, reporter, en témoigne ce sont « les poussées d’adrénaline » qui conduisent les correspondants de guerre à arpenter chaque jour le terrain. Et même si ils « s’obligent » à reprendre une vie quotidienne normale, « l’appel de revenir » est toujours le plus fort. En véritables témoins de l’histoire, les reporter sont avant tout curieux comme le dit John Burns ils ne « s’amusent pas de voir mourir des gens mais ce sont des expériences qu’ils ne voudraient pas manquer ». La curiosité c’est le critère fondamental du métier de correspondant de guerre. A partir du moment où il se désintéresse de ce qu’il fait, il arrête d’aller sur les terrains de conflits. Martha Gelhorn, le dit bien : « ce qu’il y a de pire dans une guerre c’est l’ennui, le correspondant de guerre part là où il ya de l’action ». Mais rien ne leur est imposé, cette profession se pratique sur la base du volontariat, ce sont même eux qui « poussent souvent leurs rédactions à partir » d’après Patrice du Tertre reporter cameraman à France2.  Le reporter de guerre est lucide, il va tomber dans des situations dramatiques. Les conditions de travail sont difficiles entre le froid, les coupures de courant, les bombardements à tous les coins de rue. Comme les habitants, les journalistes risquent gros, sont blessés ou tués. La mort fait partie de leur quotidien car ils se trouvent en première ligne des événements. Si on en croit Patrice Chauvel, les photographes  seraient de la « piétaille », de la chair à canon en étant les premiers visés sur le champ de bataille. Nigel Bateson cameraman de la  BBC apporte le même constat, les cameramen seraient aussi « les premier visés »par les balles des snippers à Sarajevo, car ils ne voient pas la balle arriver alors que le rédacteur le peut lui. Les correspondants de guerre craignent pour leur vie certes mais mieux vaut « faire abstraction du danger » conseille John Simpson, directeur du service étranger de la BBC et privilégier  « l’ humour pour oublier réalité de la vie ». Cependant, les hommes se différencient cependant par leur capacité à maitriser leur peur. Certains tiennent moins le coup et préfèrent s’en aller pour ne pas revenir tout de suite, comme la journaliste U. Meissneir devenue « si nerveuse qu’elle sursaute au moindre bruit ». Pourtant ils sont peu à partir. Atteints du « Syndrome de Sarajevo », ils reviennent, car ils « oeuvrent pour le bien commun » selon John Burns. Mais en plus des dangers du terrain, il y a les risques de manipulation, de mauvaise utilisation de leur travail par les rédactions, liées à l’audimat et au sensationnel. Pour Philippe Noiret le « journal télé est un miroir effrayant de notre époque. Pourquoi montrer des gens dans la détresse ? » Or le public comprend ce qu’on lui donne à comprendre, les correspondants de guerre par leur travail peuvent l’influencer. Philip Knightley, historien dresse justement un portrait des « journalistes de déjeuners » biens sous tout rapport avec les plus hauts placés du gouvernement et qui influent sur la réaction du public. Les discours de certains présentateurs vedettes fortement médiatisés comme PPDA, qui dit privilégier la « modestie », auront une plus  forte emprise sur le public que le discours d’un envoyé spéciale moins médiatisée mais qui risque sa vie pourtant chaque jour pour informer. Les reporters sont ainsi au cœur de l’action pour montrer la réalité telle qu’elle est en faisant mentir l’adage « la première victime de la guerre c’est la vérité ». Les reporters purs et durs ne masquent pas la vérité et n’hésitent pas à dire que Sarajevo n’est pas une guerre ethnique, mais que ce terme est utilisé par les dirigeants serbes eux-mêmes. Certains  moins scrupuleux trafiquent les images comme l’avait fait PPDA avec l’interview truquée de Castro. En plus d’être honnête, le reporter ne doit pas être dupe de la langue de bois que pratiquent les dirigeants : « ce sont des gens raffinés à tous les égards, citant du Shakespeare mais qui sont alliés à des égorgeurs », résume John Burns. Les reporters de guerre doivent donc se méfier des politiques mais surtout de l’armée. Philipp Knightley, explique que « l’armée peut écarter les journalistes tout en les contrôlant avec des pools système », des sortes de groupes de journalistes triés sur le volet pour couvrir un événement. Il arrive également que les reporters se retrouvent sur de faux théâtres d’opération…Lutter contre la censure de toute sorte et pour la vérité, sont les mots d’ordre du correspondant de guerre. Ces hommes et ces femmes qui marquent l’Histoire par leur travail, doivent livrer une bataille de tous les instants, car comme le dit Patrice du Tertre « on réussit son passage dans une guerre quand on sort un symbole ».

L’image, une preuve non absolue

En plus d’analyser le métier de reporter de guerre, Marcel Ophuls, place l’image au centre de sa réflexion. Passé et présent, fiction et réalité, se juxtaposent tout au long du film. Le cinéaste réutilise des images d’ archives d’actualité et de fiction pour créer des associations d’idées  qui font écho  aux propos tenus par les journalistes. Ophuls veut que les archives servent son propos au sujet de l’Histoire qui ne fait que se répéter, les hommes rejouant sans cesse la même partition en oubliant de tirer leçon des images du passé. Que retient-on des images de ceux qui les réalisent? Pas grand-chose, si on tient compte des propos de Philippe Noiret qui au début du film fait à juste titre remarquer que la « Yougoslavie est en train de vivre la même chose que le régime de Vichy », quarante ans après. Le spectateur aurait donc la mémoire éphémère. Ce régulier va-et-vient entre images d’actualité et images d’archive peut dans un premier temps le perdre, lui qui s’attend à  trouver une  parfaite cohérence entre les plans. Pourtant ces images ne sont pas mises bout à bout sans suite logique, Marcel Ophuls, s’en sert comme démonstration : une sorte de preuve par l’image. Le cinéaste questionne les journalistes eux-mêmes producteurs d’images sur le sens et l'impact qu’elles peuvent avoir : jusqu’où une image peut-elle nous tromper ? Sont-elles mises en scène ? Le cinéaste revient ainsi avec perspicacité sur une photographie de 1936 « Combattant espagnol au moment de la mort » de Robert Capa en cherchant à savoir si ce dernier aurait retouché sa photo. L’image ne peut en aucun cas constituer une preuve comme beaucoup veulent le croire ou le faire croire, on peut tout lui faire dire.  Tout image ne serait alors que spectacle ? Ophuls réalise ici une critique virulente de l’information spectacle. Une scène est d’ailleurs marquante, on voit un enfant grièvement blessé au visage filmé par une chaine de télé, avec sa mère en train de lui donner à manger et de pleurer : on est dans le voyeurisme pur. Interrogée sur un supposé ralenti d’un unijambiste censé émouvoir, la reporter Martine Laroche Joubert dément cette accusation. Les journalistes sont des gens pleins de « pudeur », « l’homme se déplaçait juste très lentement ». Mais utiliser un ralenti ne reviendrait-il pas à tomber dans l'information-spectacle qui cherche à émouvoir le spectateur dans le but de faire de l'audience ? Or le but d’un reporter digne de ce nom n’est pas celui-ci, mais bien de fabriquer de l'actualité. Le son sert également à faire passer un message. Dans la chanson du générique de fin, interprétée par un médecin interviewé, « Nobody knows the trouble I've seen », le cinéaste ne parle pas uniquement des atrocités que peuvent voir les populations civiles prises dans une guerre mais surtout du fait que  les images ne peuvent elles mêmes suffire : rien ne peut rendre visible la triste réalité d'une guerre. Le spectateur doit constamment interroger l’image sur son sens. Elle n’est que le témoin direct d’une actualité et chaque spectateur peut la lire à sa manière. L’interprétation est ainsi variable et subjective. Ce film questionne aussi le spectateur sur l’inaction des gouvernements qui laissent mourir des milliers de civils sous les balles des snippers sans intervenir et qui les laissent même mourir de faim sans que la population ne se révolte. Le journaliste américain du NY Times John Burns ne cache d’ailleurs pas son pessimisme face à l’indifférence des opinions publiques et à l’attitude des politiques. Une autochtone interrogée vers la fin du film, par le reporter, préfère ainsi laisser la nourriture et l’aide humanitaire à ceux qui en ont plus besoin qu’elle, même avec quatre petits enfants à sa charge. Ce formidable élan de solidarité entre civils a de quoi interloquer. Pas si sur que la même chose se passe aujourd’hui…En plus d’être techniquement réussi, Veillées d’armes pousse véritablement le spectateur à réfléchir sur la mort, le courage, et le traitement de l’information par les médias.  

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15 décembre 2009

critique du livre "autoportrait d'un reporter"

Le reportage un mode de vie, une vocation

 

 
 

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ès l’enfance certains ont leur future vocation en tête : ils seront reporters. D’autres à l’âge de sept ans comme Ryznard Kapuściński rêvent de faire carrière dans le football, puis commencent à écrire par hasard, « sans vraiment savoir pourquoi », pour  au final, ne plus jamais arrêter. Avec quarante-cinq années de reportages à travers le monde à son actif, vingt-sept révolutions vécues, et une vingtaine d'années passées au service de l'Agence de presse polonaise PAP en tant que correspondant étranger, Ryszard Kapuściński décédé en 2007 est encore aujourd’hui  considéré comme  l'un des meilleurs observateurs de notre temps par des milliers de reporters à travers le monde. La lecture d’ «Autoportrait d'un reporter» (Pion-2008), publié à partir de collage d’entretiens et de fragments d’interviews, résonne comme une véritable confidence de sa part. Kapuściński dévoile à travers ce livre le bon état d’esprit et la bonne attitude que doit adopter tout reporter à l’étranger.  Conseils avisés, spécificité du métier, réflexion sur le sort de l’humanité et sur l’essor des médias,  celui qui se définit comme un « poète dans l’âme » raconte sa vie comme il l’a vécu entre « passion » et « réflexion », entre « voyages » et «  « goût du risque ».

L’appel du voyage

Malgré quelques répétitions et longueurs, le lecteur récolte dans cet ouvrage de véritables pistes de réflexion sur l’éthique de la profession journalistique. Curieux, jamais rassasié, Kapuściński a vogué de pays en pays, de continent en continent, pour recueillir les futurs événements constitutifs de l’Histoire de demain. En véritable globe trotteur, il sillonnera pendant des années l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine, le Moyen-Orient,  car le reporter a un besoin viscérale de voyager, presque maladif : « quand je reste dans un endroit, pas forcément en Pologne, je suis malade, il faut que je parte loin ». Bien loin d’une sinécure, le voyage du reporter est fatiguant. Souvent, « une barrière logistique, physique ,intellectuelle » se dresse en travers de sa route, la faute à un manque de communication entre cultures. Cette profession est destructive et beaucoup ne tiennent pas le coup. En choisissant ce métier, le reporter doit être lucide : il est probable qu’il tombe dans des « situations dramatiques ». La résistance, Kapuściński la connait, lui. D’après ses dires, il était le dernier reporter ayant commencé dans les années 60 à  toujours exercer sur le terrain. Les autres seraient aujourd’hui des gens « installés » directeur de radio ou de chaines télévisées. A méditer…Mais il est vrai que le reporter travaille seul, afin de bénéficier de la meilleure concentration possible pour suivre ce monde « en perpétuelle mutation ». Il s’immerge dans le quotidien des autres, les observe, et les écoute.

Le reporter doit faire preuve d’empathie

 C’est un homme « humble », et « cultivé » investi d’ une « mission de bien commun». Mais surtout, il doit faire preuve d’un profond sens de l’éthique et ainsi écrire sur les deux facettes  constitutives du monde : l’injustice et la prospérité. Les pauvres ont besoin « qu’on leur prête une voix ».  Kapuściński et son « puissant besoin d'empathie » s’intéresse avant tout aux êtres et à leur vie quotidienne. Certes, pour faire ce travail, il faut aimer les gens mais ici Kapuściński, empiète directement sur les plates bandes du journalisme citoyen à la Albert Londres. Il serait réducteur de dire qu’un bon reporter n’est que celui qui fournit un moyen d’expression à des citoyens opprimés ou marginaux sous représentés de la société. Intimement convaincu, Kapuściński rajoute : « Seul un homme bon essaie de comprendre les autres, leurs intentions, leur foi, leurs intérêts, leurs difficultés, leurs tragédies. Et immédiatement, dès le premier instant, de s’identifier à leur vie ». Au vue de cette citation, on peut s’interroger sur le danger de cette trop grande connivence à l’égard des sources qui éloignerait la supposée objectivité journalistique. En fin observateur du monde Kapuściński confirme malheureusement que la subjectivité anime chaque discours. Le reporter doit aussi faire  face à une exigence professionnelle de concision, avec des formats de publication relativement courts par rapport à la « richesse » d’informations du terrain. Les dépêches aux « raccourcis si superficiels »  lui imposent une contrainte pleine de « frustration ». Ce calibrage journalistique dérangeant va l’inciter à écrire des livres comme Imperium, ou Le Shah où il pourra d’avantage s’exprimer.

Le bon et le mauvais journalisme

Plus qu’un journaliste à part entière, un reporter doit être capable de manier les mots, la langue, à la perfection. Pour Kapuściński, il est semblable à un homme de lettre développant une prose identique à celle d’un écrivain. En plus de définir ce qu’est pour lui un bon journaliste, Kapuściński distingue aussi le bon du mauvais journalisme : " dans le bon journalisme, outre la description de l'événement, il y a l'explication de ses causes. Dans le mauvais journalisme, il n'y a que la description pure, sans liens ni rapports avec le contexte historique ». Mais n’est ce pas se leurrer et avoir une vision trop utopique ou dépassée du métier de journaliste ? Car aucun exercice journalistique n’est supérieur à un autre. La simple description en image d’un événement peut tout aussi être perspicace qu’un article d’analyse sur le même sujet. C’est l’historien de formation qui parle ici et non le reporter, car il est tout bonnement impossible avec les contraintes de temps, de budget, de format d’aujourd’hui de rappeler sans cesse l’histoire d’un conflit par exemple. Le reporter ne peut plus s’attarder à essayer de démontrer le sens d’un événement au public, la loi du marché en a décidé autrement. Ce n’est pas ce journalisme là qui est le plus rentable et qui subsiste: les médias privilégient aujourd’hui  la superficialité de l’information.

La marchandisation de l’information

Le côté vendable de l’information prime en effet sur son intérêt général. Au lieu d’informer, on amuse, on est passé du côté de l’entertainment, du monde du spectacle. Les pages consacrées aux médias d’aujourd’hui vues par l’œil critique de Kapuściński se révèlent pourtant pleines de perspicacité. Le commerce de l’information est devenu très lucratif suite à la main mise des industriels sur les médias .Ces derniers centralisent de plus en plus les sources d’informations et détournent notre attention des problèmes essentiels en l’orientant vers des problèmes techniques. Il est inquiétant de voir que les médias se cachent derrière la technique pour nous instrumentaliser. Certes, les innovations techniques aident mais elles ne peuvent se substituer au savoir faire journalistique, aux recherches et aux investigations. Loin des clichés d’un reporter totalement libre et indépendant, on apprend que le journaliste dans sa quête de vérité gêne et que des « compromis sont parfois nécessaires ». 

 

Entre censure, liberté, et indépendance

Le moindre morceau de liberté exige ainsi de sa part une lutte permanente. Mais plus gênant, les révélations de Kapuściński peuvent aussi poser un problème d’éthique. D’une part le reporter s’autocensurait lorsqu’il travaillait dans une zone de conflit pour ne pas être expulsé par le régime local. D’autre part, le lecteur apprend que l’agence de presse dans laquelle il travaillait, reposait sur deux canaux : un censuré appelé la version officiel, l’autre avec une série de bulletins non officiels où le journaliste pouvait écrire toute la vérité. Or, n’est ce pas un devoir du journaliste de publier la vérité quelles que soient les conséquences pour lui-même ou pour son employeur? En plus d’être enfermé dans ce dilemme de censure et de liberté d’expression, le reporter pour écrire sur la guerre, doit lui-même devenir « une des victimes du conflit et non un observateur lointain ». Il devient même parfois un soldat au sens littéral du terme embarqué au côté d’une unité de combat. Certes comme le précise Kapuściński, le «  visa donne souvent la possibilité d’explorer un camp et pas celui adverse », mais le journaliste embarqué ou embbeded reporter, n’est alors plus libre et encore moins objectif, d’ailleurs K, le dit bien : « on s’identifie au camp dans lequel on se trouve ».  Le reporter est il alors crédible s’il ne voit les événements que du côté de la victime? problème, sans la présence des journalistes dans les zones de conflit, le monde ne serait pas informé de ce qui se passe. D’ailleurs, le véritable journalisme pour lui, est toujours motivé. Kapuściński ne parle pas directement de pouvoir mais « d’influence » que peuvent avoir le journaliste sur l’opinion publique et les politiques.

Plus qu’une parole de reporter, une parole d’écrivain

Pudique, il  ne donne pas de détails sur sa vie privée. Ce manque d’anecdotes personnelles constitue un des points faibles de l’ouvrage, le lecteur reste sur sa faim. Parlant beaucoup de son activité parallèle d’écrivain, il finit presque par oublier d’offrir aux lecteurs des extraits de ses reportages afin de mieux les éclairer sur la réalité du quotidien d’un reporter. Quoi de mieux, en effet, que de retracer son parcours plutôt atypique, en y apportant des touches vivantes et moins théorique favorisant l’évasion ? Mais ce qui ressort vraiment de cette ouvrage c’est la passion que portent les reporters à leur métier si souvent complexe et constitué d’une « forêt de choses ». Comme le dit si bien Kapuściński, le reportage est un mode de vie, une manière de voir le monde « qu’il n’échangerait contre aucune autre ».

 

 

Romy Luhern

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13 décembre 2009

Les sites de rencontres entre business juteux et phénomène de société

Bon nombre de relations amoureuses débutent aujourd’hui sur Internet. Consommant tous azimuts, les célibataires au porte monnaie bien garni représentent une nouvelle cible pour le web marketing. Au plus grand bonheur des sites de rencontres et pour leur plus grand profit.

L'entrée dans la vie active plus tardive, l'augmentation des divorces, la peur croissante de l’engagement et l'allongement de la durée de vie ont favorisé l'augmentation des personnes vivant seules. Conséquence, depuis les années 60, le nombre de célibataires n’a cessé d’augmenter. Avec plus de 18 millions de célibataires français en 2009 d’après l’INSEE, les sites de rencontres fleurissent sur la toile. Longtemps stigmatisé et synonyme d’échec voir de tare, le célibat est devenu tendance depuis quelques années. Les célibataires au pouvoir d’achat souvent confortable, sont devenus de véritables valeurs marchandes aux yeux des entrepreneurs en quête de marché lucratif. Le web a été un des premiers secteurs à avoir saisi les énormes potentialités de cette manne financière énorme. La fréquentation des sites de rencontres en ligne ne cesse d'augmenter.

La « net rencontre », un marché en plein essor

Avec la démocratisation d’internet, 90 % des célibataires surferaient ainsi régulièrement sur le web à la recherche d'un partenaire. Rapide, facile et anonyme, la « net rencontre » est à la mode. Avec des cibles de plus en plus diversifiées, les publicitaires ont du s’adapter et proposer un panel d’’offre de plus en plus large. En garantissant, l’amour durable, le simple flirt, ou l’histoire d’un soir, les sites espèrent tous séduire le plus grand nombre d'âmes esseulées. Résultat la guerre n'a jamais été aussi intense entre toutes ces vitrines virtuelles qui promettent monts et merveilles. `Meetic, Match, Easyflirt, Be2, Amoureux.com, font partie des leaders du marché, impossible de passer à côté de ces sites dont la réputation n’est plus à démontrer. De plus qui ne connait pas parmi ses relations, un couple qui s’est noué par écran interposé ? La majorité de sites français que l'on trouve sur la toile sont gratuits, comptent des milliers d'inscrits et proposent des fonctionnalités supplémentaires comme la messagerie instantanée, le chat avec ou sans webcam ou encore les forums de discussion. De quoi faire rêver la plupart des célibataires en manque d’amour.

 

Meetic.fr, leader incontesté du marché français

 

 Parmi les sites français les plus renommés et les plus prisés, on trouve en tête de liste le géant Meetic. Avec les années, le Groupe Meetic côté en bourse, s’est imposé en leader incontesté du secteur de la rencontre en ligne. Apparu en 2002, Meetic détient le nombre record d'inscrits et couvre quinze pays d'Europe. L'entreprise a réalisé en 2008 un chiffre d'affaires de 133,7 M€ et un gain de 119 217 nouveaux abonnés. En acquérant en juin 2009 les activités Europe du n° 1 mondial Match.com, Meetic a consolidé sa place de leader sur le continent. Une acquisition très lucrative puisque fin 2008, Match.com comptait en Europe 270 000 abonnés, pour un chiffre d'affaires annuel de 60 millions d'euros. Meetic est talonné de près par ses rivaux, tel que Easyflirt qui compte 19 585 277 membres dans le monde.  Le succès de Meetic et des autres géants de la rencontre en ligne a bien évidemment aiguisé les appétits et on dénombre plusieurs autres sites français qui cherchent à sortir du lot comme adopteunmec.com, serencontrer.com, Badoo ou encore Amoureux.com..Le nombre d’utilisateurs inscrits tourne ici autour du million. Le business est florissant donc, mais la plupart des sites ont une durée de vie limitée, comme Net Club qui fermera définitivement le 16 décembre prochain. Le business des sites de rencontres est impitoyable, les mastodontes comme Meetic ne laissent pas de place aux autres et vampirisent l’essentiel du secteur. Mais tous, ou presque, utilisent la même technique, pour regarder, c'est gratuit, mais pour « toucher » et optimiser ses chances, il faut payer ! A l’instar d’une proie, ils appâtent le célibataire en mal d’amour en le laissant accéder librement aux profils des autres utilisateurs. Pour prendre contact, envoyer des messages ou chater, l’internaute doit dégainer sa carte bleue. Chez Meetic, par exemple, le forfait mensuel, qui permet de dialoguer de façon illimitée avec les autres membres soit par e-mail soit par chat s'élève à 34,90 euros par mois. Après avoir longtemps proposé gratuitement ses services aux femmes pour attirer un maximum d'hommes le site fait désormais payer tout le monde, même match.com va s’y mettre la gratuité pour les femmes sera terminée dès le 31 décembre. Comme si le panel de services proposé ne suffisait pas, la rencontre affinitaire a aussi fait son apparition en France dans les bagages d'un site allemand Parship implanté depuis 2005. Meetic a ainsi lancé en France en juillet 2008 « Meetic Affinity », site de rencontres par affinités qui propose à ses adhérents de vérifier leur compatibilité amoureuse grâce à un test psychologique.L'objectif ici de Meetic est de donner du crédit à son rôle d'entremetteur virtuel grâce à des appuis scientifiques.

 

 

Vers la communautarisation des sites de rencontres et la segmentation de la clientèle

En plus des rencontres affinitaires on voit aussi se développer des sites spécialisés, s'adressant à un public dont le profil est bien spécifique. Pour assurer leur développement et se démarquer, ces nouveaux entrants n'ont donc pas d'autre solution que d'exploiter des niches très particulières. Oublié le romantisme improductif, place au pragmatisme ! Certains sites affichent d’emblée la couleur comme elles couchent.com. D’autres se la jour plus soft et version communautaire comme JDate.fr un site consacré aux juifs. Même les animaux domestiques et leurs maitres peuvent se rencontrer grâce au site Pets dating qui propose de trouver un compagnon à votre animal ou de vous trouver de nouveaux amis et plus si affinités, partageant la même passion pour les bêtes. Les concepteurs de sites de rencontres ont aussi pensé à ceux qui ont les moches en horreur. Les amateurs de belles plastiques peuvent trouver maintenant leur bonheur sur beautifulpeople.com , un site réservé exclusivement aux beaux! Encore faut-il passer le processus d'inscription. Chaque nouvel inscrit doit ainsi attendre au minimum 48 heures afin de savoir si il mérite plastiquement de faire partie de la communauté beautifulpeople.com. Mais le site spécialisé qui rencontre le plus de succès est adopteunmec.com, un site gratuit pour les femmes. Dans ce véritable supermarché de la rencontre, la femme consommatrice peut y adopter des hommes objets en les mettant dans son panier. Avec plus d’un million d’adoptions et près de 6 000 000 mails échangés par jour, le site crée un véritable buzz sur internet. Outre la gratuité, la raison de ce succès réside dans le fait que  la gent féminine possède le pouvoir : un homme ne peut pas contacter une femme si elle ne lui a pas donné l’autorisation de lui parler. Problème, la tâche de ces petits nouveaux pour continuer à exister s’avère ardue. Meetic pourrait bien leur couper l'herbe sous le pied car le Groupe vient d'ouvrir sur la base d'une segmentation générationnelle : Peexme.fr , un site de rencontre destiné aux 16 et 24 ans qui se veut plus ludique, plus fun, et plus jeune que Meetic .Même les VIP en quête d’amour et au budget illimité peuvent rencontrer l’âme sœur sur MeeticVIP.

 

 Les sites de rencontres un phénomène de société

Le business des sites de rencontres est certes juteux mais sans l’engouement des célibataires ces sites n’existeraient pas. Pourquoi se contenter d’un moyen de rencontre quand une multiplicité de choix est envisageable? En règle générale, les célibataires n'hésitent pas à multiplier leurs chances de conquêtes en allant chercher l'âme soeur sur plusieurs sites. Internet procure un champ d’action géographiquement très vaste mais pas seulement. Brun, blonde ou roux ? grand ou petit ? BCBG, ou décontracté ? Relation sérieuse, ou d’une nuit ? La Toile est le reflet de notre société, on y trouve de tout, il y en a pour tous les goûts. Pour le plus grand bonheur d’Alexandre inscrit sur adopteunmec et qui cherche « un plan sexuel ou one shot avec une grande brune aux yeux bruns ». Romain lui cherche avant tout à se faire des relations et à s'amuser : « Ce site permet de parler avec des filles de toute la France. J’avoue que ça m’a aidé à prendre un peu plus confiance en moi, j’ai su que je pouvais plaire. Ce qui est bien aussi c’est que si la nana me plait et m’intimide je ne suis pas obligé de me jeter à l’eau. Il est facile de se faire passer pour ce qu’on est pas »  Pour certains célibataires, la toile est devenue un formidable outil providentiel : ils peuvent correspondre en un simple clic avec des personnes qu’ils n’auraient jamais rencontrer dans la vraie vie. Des hommes qui n'oseront pas aborder une femme dans un bar peuvent créer un message type et solliciter cinquante femmes différentes en quelques minutes. En plus d’une multiplicité de profils proposés, le net donne le pouvoir. Chaque internaute possède une totale maîtrise de la relation Sur le Net, on peut frimer, mentir, draguer, pendant des heures et des nuits ou avoir des conversations très poussées avec un inconnu et décider de bloquer son accès et de rompre d'un coup l'échange et la relation. C’est le cas de Marie inscrite aussi sur adopte : « parfois ça ne m’intéresse de continuer à discuter avec certains, je me lasse vite, je prends ce site avant tout comme un jeu. Souvent je finis par les bloquer, et je passe au produit suivant. »

Bien souvent, les relations débutées sur internet ne débouchent pas et ne parviennent pas à passer le cap du virtuel. Et quand ça arrive encore faut-il que la personne plaise, ce qui n’est pas toujours le cas, comme en témoigne Laurent: « je discutais avec une personne depuis deux mois sur meetic, on s’est plu, et j’ai décidé de la rencontrer. Surprise, elle ne correspondait pas du tout aux photos, et puis même on n’avait rien à se dire. J’ai préféré couper les ponts ». Il semblerait que dans l'univers de la rencontre, on ne se fasse décidément pas de cadeau. Que ce soit du côté des entreprises ou des internautes…

 

Romy Luhern

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09 décembre 2009

critique du film de Myriam Aziza "Robe du Soir"

A l'occasion des 22ème rencontres cinématrographiques de Cannes, je suis allée à l'avant première du premier film de Myriam Aziza, dans lequel joue Lio, Sophie Mounicot, Alba Gaia Kraghede Bellugi. Je vous donne mes impressions:


Avec cette chronique du quotidien d'une adolescente tourmentée, la réalisatrice Myriam Aziza tire la sonnette d'alarme. Ce film, pousse les parents à se questionner sur leurs responsabilités dans le mal être de leurs enfants. Tous les tourments de l'adolescence y passent: la fugue, le vol à l'étalage, l'école buissonnière...La réalisatrice réussit à bien retranscrire l'extrême besoin d'identification de l'adolescente. Jambe, cuisse, poitrine, le regard que l'adolescente porte sur sa professeur est parfois dérangeant. Le spectateur se sent mal à l'aise. Si la démonstration semble efficace, on regrette la tendance à l'accumulation d'éléments parasites qui font perdre de sa pertinence au propos. Trop lent,"Robe du Soir", souffre d'un manque féroce de rebondissements en dépit du caractère insolite de l'histoire qu'il raconte. Complaisant, le long métrage reste comme en suspens, un peu trop distancié à la manière des documentaires. Le spectateur à la rigueur touché, n'est pas captivé par ce qu'il voit.
"Robe du Soir", est un premier film truffé de bonnes intentions, mais on tombe vite dans le cliché et les situations convenues. Les répliques de la prof de français sont parfois surréalistes: vie sexuelle racontée, question sur la vie intime des élèves, on est bien loin de la réalité des salles de cours de français. La réalisatrice trouve même le moyen de faire chanter Lio sur du Brassens, c'est sans intérêt direct pour le scénario. Le film manque parfois de radicalité pour dépasser la description de la crise d'adolescence et gagner en ampleur dramatique. On sent sur la réalisatrice habitué aux documentaires, n'est pas encore très à l'aise dans la fiction.

Romy Luhern

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07 décembre 2009

La suppression du juge d'instruction

 

Compte rendu

 

Le juge d’instruction poussé vers la sortie

Les magistrats craignent une perte d’indépendance de la Justice

 

Parler sans langue de bois, ni arrière-pensée, c’est ce que promet Jean-Michel Hayat, président du tribunal de Grande Instance de Nice depuis 2005. A une seule condition, la caméra ne soit pas être branchée pour que ces propos ne soient pas étalés au grand jour sur internet. Costume strict et chaussures en cuir d’un côté, position confortable de l’autre, Jean-Michel Hayat invité à l’IUT journalisme de Cannes à l’occasion d’une conférence affiche d’emblée la couleur aux étudiants : «  le système pénal est bien à bout de souffle, il faut le réformer ». Sans pour autant faire n’importe quoi. A l’image de nombre de juristes, il ne voit pas la suppression du juge d’instruction d’un bon œil : «  On va vers des difficultés majeures, le rapport Léger est justement un peu trop léger à mon goût ». Même si il garde le sens de l’humour, ce président de tribunal ne cache pas son inquiétude avec six juges d’instruction actuellement placés sous ses ordres.

Vers la suppression du juge d’instruction

Elf, Outreau, l’Angolagate  sont autant d’affaires qui à coup d’erreurs et d’abus, ont ternie progressivement l’image du juge d’instruction devenu un véritable bouc-émissaire. La polémique autour des limites et avantages de ce juge chargé d'enquêter « à charge et à décharge » n’a pourtant jamais été aussi vive depuis un an, date de remise en main du rapport Léger à Nicolas Sarkozy. « Dans 95% des cas, les reproches viennent du fait que le juge d’instruction est seul et que les mauvaises pistes dans une enquête peuvent être préjudiciables » explique J.M.Hayat. L'enjeu n'est pas mince, car les juges d'instruction traitent aujourd'hui «les dossiers les plus complexes » et les plus graves comme le viol et le grand banditisme mais aussi les affaires mettant en cause l'autorité de l'Etat comme la corruption politique. « Dans les années 90, les juges d’instruction traitaient d’avantage d’affaires politico financières comme celle de Tapie, ou de Mouillot, l’ex maire de Cannes. Beaucoup de premiers ministres ont été pris entre les mailles de la justice. Les pointures n’aiment pas qu’on leur cherche des ennuis » remarque l’invité. Le juge d’instruction indépendant du pouvoir politique fait peur, car il a d’énormes pouvoirs : il peut aussi bien bloquer un compte bancaire ou perquisitionner. « Dans le droit français, il n’y a personne avec autant de pouvoir concentré entre les mains » assure J.M.Hayat.

Le juge d’instruction seul garant d’indépendance de la Justice

Dans ces conditions, difficile d'imaginer que les politiques renoncent à la tentation d’éliminer le juge d’instruction. C’est justement la mesure phare du rapport Léger qui prévoit de confier l'ensemble des enquêtes judiciaires au parquet dépendant hiérarchiquement du ministère de la Justice : le juge d'instruction deviendrait le juge de l'instruction. Abandonner l'enquête au parquet ouvrirait la porte à une mainmise de l'exécutif sur la justice, ce que refusent les opposants à la réforme qui souhaitent un renforcement de l'indépendance des procureurs, comme J.M. Hayat : « Je préfère que si on doit chercher là où ça fait mal, que ce soit quelqu’un d’indépendant qui le fasse. Il faut se poser question sur le statut particulier juge d’instruction, s’il devient soumis au Garde des sceaux, ce n’est plus un magistrat mais un fonctionnaire. On risque de passer dans un système américain avec un procureur et un bureau d’enquête qui collaboreront et mèneront des enquêtes. Il faut garantir une cellule sans pression, et pour l’instant celle-ci n’est pas assurée ». Le juge d’instruction d’ordinaire amovible pourrait être muté et on pourrait assister à nombres de dossiers non aboutis, voir à du « copinage » avec les personnes mises en cause.

« J’ai senti le poids écrasant en tant que juge d’instruction »

Garde aux idées reçues cependant, le juge d'instruction ne travaille pas sans surveillance et a même vu ces dernières années le nombre de ses dossiers diminuer car il est de moins en moins saisi par le parquet. Le juge des libertés a été crée pour temporiser ses pouvoirs. Le juge d’instruction n'ordonne plus le placement sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire. « Ce qui fuite dans la presse c’est de donner au juge des Libertés de plus en plus de pouvoir. » analyse J.M. Hayat. La place du juge d'instruction aujourd'hui est délicate. En plus d’être acteur et il doit être juge de sa propre procédure. Un exercice souvent difficile pour un homme seul. « Quand j’étais moi-même juge d’instruction j’ai senti le poids écrasant en tant que juge d’instruction ». Pour contrer la solitude du juge d’instruction sur les affaires délicates des cosaisines sont mises en place avec plusieurs juges qui enquêtent sur le même dossier : « c’est désolant de penser qu’on fait mieux tout seul qu’à plusieurs ». Histoire aussi d’éviter les erreurs judiciaires  et de faire plus vite avancer les choses. Mais pour Hayat de nombreuses enquêtes ont permis avant tout de faire éclater le scandale grâce au travail du juge d’instruction véritable  : il a fallu prendre des risques , il y a eu des dérapages certes, mais ceux-ci restent rares ».

 

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04 décembre 2009

Moi

Salut moi c'est Romy, j'ai 20 ans et je suis étudiante en journalisme à l'IUT de Cannes. Plutôt réservée j'aime pas raconter ma vie, donc je ne vais pas être exhaustive. Si vous voulez mieux me connaitre,  lisez mes écrits, ils vous donneront une bonne idée de ma personnalité.

Posté par Romy83 à 09:23 - Commentaires [1]